Racisme et chronique sénégalaise

printemps 2018 -- actualisé avril 2019

La notion de race se définit normalement et seulement à partir d'éléments strictement biologiques en commençant par la couleur de peau : blanche ; rouge ; jaune ou noire, puis les yeux clairs ou foncés, bridés ou non et enfin les cheveux clairs ou foncés, frisés, voire crêpus ou non.

Cette définition biologique de la race devrait-elle définir et caractériser la supériorité blanche supposée et pourtant souvent revendiquée par nombre d'humains Blancs.

Devrait-on alors omettre toute caractéristique autre que biologique. Qu'en est-il des caractéristiques culturelle, religieuse, historique, géographique et environnementale, qui ne permettent certainement pas d'établir la supériorité blanche. Ainsi, l'Histoire a démontré que des civilisations brillantes et très avancées ont existé sur Terre, à différentes époques de notre histoire humaine, en différents points géographiques, et sans aucun lien spécifique avec la présence d'humains Blancs dans les contrées concernées.

Comment donc en est-on arrivé à ce que bon nombre d'humains aient intégré qu'il puisse y avoir inégalité entre les races : des représentants de la race blanche revendiquant leur supériorité pendant que ceux de la race noire subissent leur supposée infériorité. Les humains Rouges et Jaunes, quant à eux, vivent un parcours différent. Les Rouges sont essentiellement les Indiens ou plus précisément les Amérindiens du continent nord-américain qui ont été littéralement exterminés à l'arrivée des "explorateurs" venant pour l'essentiel d'Europe du Nord (Angleterre ; France ; Espagne..) à la fin du 15è siècle. Les Amérindiens vivant en Amérique du Sud ou centrale ont subi l'exploitation quand ce n'était pas l'extermination des Espagnols et Portugais principalement. Les Jaunes ou plus précisément les Asiatiques ont subi des sorts divers sans pour autant connaître les situations extrêmes subies par les populations Rouge et Noire. Les Chinois ont cependant eu à subir la domination japonaise dans des conditions dramatiques. On pourrait aussi parler des Tibétains....

Quant aux orientaux, établis du Proche-Orient au Moyen-Orient, et qui sont de race Blanche qu'on l'accepte ou non, partagent avec l'Occident une histoire tumultueuse dont les conséquences dramatiques se font sentir encore aujourd'hui et où le racisme a largement l'occasion de s'exprimer tant à l'égard des Juifs d'ailleurs que des Arabes, les deux communautés partageant, à leur tour, une histoire commune et une actualité mouvementée et douloureuse.

Pour en revenir à la relation spécifique Blancs/Noirs et la supposée supériorité de la race Blanche, se baser sur le seul facteur biologique est donc définitivement un peu court voire absurde. Il faut donc aller plus avant pour, comme l'écrit JL Sagot-Duvauroux "éclairer les processus à travers lesquels se bâtit l'image de soi, cette identité noire construite dans le rapport à l'autre, le Blanc, et dans un rapport que les violences de l'histoire humaine ont durablement fait basculer dans le déséquilibre", donnant à son livre le titre suivant "on ne naît pas noir, on le devient".

Comme le suggère à juste titre JL Sagot-Duvauroux, quand on est (naît) blanc, n'est-il pas "confortable" du moins facile d'être ou de se sentir "égalitariste", puisque placé de facto dans la position "dominante". Admettre que l'autre est votre égal peut relever tout au plus de la bienveillance qui ne "coûte rien" plutôt que d'une vraie prise de conscience ou de la certitude assumée et revendiquée de l'égalité des races.

Lorsque en tant que Blanc, on voyage en "pays" noir, on peut se rendre compte sans effort de ce déséquilibre qui place de facto le Blanc en situation de supériorité vis-à-vis de la population locale qui, elle-même, l'a souvent intégré. N'est ce pas d'ailleurs parce que les Noirs ont intégré aussi du moins souvent et inconsciemment cette soi-disant supériorité, sur leur territoire même, que le déséquilibre est patent et se vivrait presque sans que le Noir ou le Blanc en aient pleinement conscience.

Anecdote :
Ayant vécu en Afrique, j'avais une employée de maison. Lors de mon départ, j'avais pu lui trouver un autre employeur ; un couple mixte franco-sénégalais. Thérèse mon employée a accepté cet emploi avec réticence, expliquant que l'épouse Sénégalaise serait difficile, exigente,... je sais pourtant que Thérèse avait eu avant moi d'autres employeurs Français qui n'avaient pas été spécialement faciles à gérer. Mais, en creux, j'ai bien saisi qu'elle trouvait plus valorisant de travailler pour une étrangère, Blanche. Cette supériorité blanche légitimait son emploi et la valorisait davantage que si elle avait eu un employeur Noir.

Pendant mon séjour, je m'étais fait un point d'honneur à entretenir avec elle une relation d'égale à égale, basée sur une relation professionnelle et néanmoins amicale. Elle me donnait d'ailleurs complète satisfaction dans l'accomplissement de ses tâches. Nous étions liées par un contrat de travail : elle effectuait le travail demandé et je la rémunérai.

Comme l'indique Jean-Louis Sagot-Duvauroux, il m'était sans doute un peu facile, même si je n'en avais pas vraiment conscience, d'adopter un comportement égalitariste vis-à-vis de mon employée dès lors que de facto la supériorité non-dite de ma race blanche était intégrée dans notre rapport, pour chacune de nous. Mais je m'en serais voulu de me sentir supérieure à Thérèse et nous avions souvent l'occasion d'échanger sur de nombreux sujets et notamment sur "l'humain". Ainsi Thérèse avait pu expérimenter les qualités de ses compatriotes africains mais aussi leurs défauts également très humains tels que : la méchanceté, la bêtise, l'hypocrisie, la malveillance ou encore l'égoîsme. Et je lui disais que ce qu'elle expérimentait aurait tout aussi bien pu avoir cours en France, et elle me disait "ah ! mais je pensais que c'était nous les Africains qui sommes comme ça". Ce à quoi je répondais que les caractéristiques de l'humain ne sont pas définies par la couleur de peau. Le sang rouge et la chair blanche sous la peau (il n'est qu'à voir la couleur très claire des paumes de la main) devraient suffire à réaliser que les défauts et qualités de l'humain, ne sont en rien liés à sa couleur de peau.

Pour clore (provisoirement) ses réflexions, j'aimerais faire connaître :

La citation placée au début du livre de B Obama "de la race en Amérique" (2008), du Sénateur Robert Kennedy 23/08/1966 "Mais supposons que Dieu soit noir, que se passe-t-il si nous arrivons au Ciel et qu'on a traité le Noir toute sa vie comme un être inférieur".

Ainsi que l'intro du livre de JH Griffin "dans la peau d'un noir" (1959)  

JH Griffin, écrivain américain, blanc, sensible au sujet de la ségrégation raciale, se soumet à une expérience en 1959, on se métamorphosant en noir (avec une aide médicale). Au terme de son expérience de quelques semaines, dans les états sudistes, "JH Griffin ne sera plus considéré par ses concitoyens de Mansfield comme Blanc, ni comme Noir. Il n'appartient plus à aucun camp. Mais n'est-ce pas pour cela que les opprimés noirs eux le considèrent comme l'un des leurs".

Ainsi, comment imaginer qu'entre 1959 aux USA et 2008 entre la France et le Mali, où vit JL Sagot-Duvauroux, il y ait autant de similitudes dans les situations et le ressenti de ceux qui vivent le racisme.

Peut-on concevoir qu'il y ait tant d'humains racistes, ne se reconnaissent pas comme tels ou si peu, tant la notion d'inégalité des races pour ne pas dire de supériorité de la race blanche est "engrammée" dans leur ADN.

Quant à ceux, il y en a, qui s'interrogent sur le sujet, ils préfèrent souvent (?) "ne pas faire de vagues", le sujet étant devenu sensible. D'ailleurs, le racisme ne serait-il pas en train de devenir une valeur "politiquement correct" ?  Ces "hésitants" donc ne disent rien ou si peu, ou comme c'est le cas dans bien d'autres situations, penche/ro/nt au moment opportun du bon côté de la balance pour hurler avec les loups, se transformant alors eux-même non en loups mais en ... moutons.. de Panurge s'entend.

== actu 6 avril 2019 ==
je viens de prendre connaissance d'une itw réalisée par Le Média (que j'en profite pour recommander). Théophile Kouamouo reçoit Neil Irving Painter, historienne noire américaine, qui a écrit un livre ayant pour titre : "histoire des blancs".. je vous livre le lien sur Facebook de cet entretien passionnant 
https://www.facebook.com/LeMediaOfficiel/videos/2137662229683280/

si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez surfer sur internet, vous y trouverez notamment le lien suivant 
https://www.youtube.com/watch?v=LiYiMi_tEe8